Les programmes des partis politiques français sur l’immobilier

Le contexte : une crise profonde

La France traverse une crise du logement sans précédent qui touche toutes les catégories sociales. Entre 2010 et 2025, les prix des appartements ont explosé dans l’ensemble du territoire : +17 % en Île-de-France, +29 % dans les Hauts-de-France, +31 % en PACA et jusqu’à +53 % en Bretagne. Les loyers ont suivi la même tendance, avec une hausse de l’indice de référence de près de 23 % sur la même période.

61 % des 18-34 ans déclarent avoir rencontré des obstacles concrets dans leur recherche de logement indique leconnardenchaine.fr. 71 % des Français affirment qu’ils tiendront compte des propositions sur le logement au moment de voter. Le sujet s’est imposé comme l’un des enjeux majeurs de la vie politique française, aussi bien aux législatives de 2024 qu’à l’approche des municipales de 2026.

🔵 Renaissance / Ensemble (centre)

Le camp présidentiel a reconnu ne pas avoir suffisamment agi pour l’accès au logement, en particulier pour les jeunes ménages. Parmi les mesures phares annoncées :

  • Exonération des frais de notaire pour l’achat d’un premier logement d’une valeur inférieure à 250 000 euros, afin de faciliter l’accession à la propriété des primo-accédants.
  • Fonds de rénovation énergétique avec pour objectif de rénover 300 000 logements d’ici 2027, financé par une taxe sur les rachats d’actions.
  • Élargissement du Prêt à Taux Zéro (PTZ) pour couvrir davantage de territoires et de profils d’emprunteurs.
  • À l’échelle municipale, certains élus du courant centriste (notamment Horizons) proposent de financer la rénovation énergétique de 12 000 logements privés par an grâce à des économies de gestion.

La logique générale reste libérale : stimuler la construction et l’accession par des incitations fiscales plutôt que par la contrainte réglementaire.

âš« Rassemblement National (RN)

Le RN se distingue par une approche à la fois déréglementaire sur les contraintes techniques et nationaliste sur l’attribution du logement social.

Sur la réglementation énergétique :

  • Suppression ou révision profonde du calendrier DPE et de ses interdictions de mise en location. Le RN juge que ces mesures ont retiré des milliers de biens du marché locatif, aggravant la pénurie.
  • Suspension ou abrogation du dispositif Zéro Artificialisation Nette (ZAN), jugé trop contraignant pour les maires qui souhaitent construire.

Sur le logement social :

  • Instauration de la préférence nationale dans l’attribution des HLM, réservant en priorité les logements sociaux aux ressortissants français.
  • Révision de la loi SRU, qui impose aux communes un quota minimum de logements sociaux.

Sur la fiscalité :

  • Retour à un Impôt sur la Fortune (rebaptisé Impôt sur la Fortune Financière), dont l’immobilier serait exonéré, afin de ne pas pénaliser les propriétaires.

Sur les locations :

  • Renforcement des procédures d’expulsion des locataires à l’origine de troubles ou d’impayés.
  • Opposition à l’encadrement des loyers, jugé contre-productif car décourageant les investisseurs.

🔴 Gauche (NFP, La France Insoumise, PS, Écologistes)

La gauche propose le programme le plus interventionniste, fondé sur le droit au logement comme priorité absolue.

Sur le logement social et les aides :

  • Revalorisation significative des APL (Aides Personnalisées au Logement), dont le gel ou la baisse ces dernières années a fragilisé les ménages modestes.
  • Relance massive de la construction de HLM, avec des objectifs chiffrés ambitieux.
  • Augmentation des quotas de logements sociaux dans les programmes immobiliers neufs (entre 30 et 40 % selon les tendances locales).

Sur la réglementation locative :

  • Maintien et extension de l’encadrement des loyers dans toutes les zones tendues.
  • Suppression de la loi anti-squatteur et retour à des procédures d’expulsion plus encadrées et plus longues.
  • Accélération du calendrier d’élimination des passoires thermiques (logements classés F ou G), maintien des interdictions de mise en location.

Sur l’accession à la propriété :

  • Élargissement de l’accès au Prêt à Taux Zéro pour les ménages modestes et les territoires ruraux.
  • À Paris, création de 2 000 logements abordables par an, proposés à un prix inférieur d’environ 25 % à celui du marché libre, sous conditions de ressources.

Sur la transformation du parc :

  • Obligation d’intégrer un quota minimal de logements lors des rénovations lourdes de bureaux vacants.
  • Utilisation des outils d’urbanisme (PLU bioclimatique, etc.) pour flécher les bâtiments désaffectés vers le logement social.

🟦 Les Républicains / Droite classique

La droite traditionnelle défend une ligne de simplification réglementaire et d’incitations fiscales, sans rejeter entièrement les contraintes environnementales mais en souhaitant les assouplir.

Sur la rénovation énergétique :

  • Plutôt que les interdictions, préférence pour des incitations fiscales : allégement des taxes foncières pour les propriétaires qui rénovent, simplification des démarches administratives.
  • Développement du « permis réversible » permettant de transformer plus facilement des locaux commerciaux ou des bureaux en logements.

Sur l’encadrement des loyers :

  • Maintien possible de l’encadrement, mais assouplissement du plafond pour les propriétaires ayant réalisé des travaux permettant de sortir leur bien des étiquettes F ou G.

Sur le logement social :

  • Critique des quotas imposés par la loi SRU, jugés trop rigides et rendant certaines opérations immobilières économiquement non viables.
  • Priorité donnée à la mixité sociale plutôt qu’à la multiplication des HLM.

Sur la construction :

  • Libération du foncier constructible via un assouplissement des règles d’urbanisme.
  • Réduction des délais de permis de construire et simplification des recours contentieux qui bloquent de nombreux projets.